[English] Printer-friendly version
The Ecumenical Patriarch
The Ecumenical Patriarchate
Bishops of the Throne
List of Patriarchs
Other Orhodox Churches
Theological and various articles
Ecological activities
Youth ministry
Interchristian relations
Conferences
Photo gallery
Holy Monasteries and Churches
Creed
Church calendar
Icons
Byzantine music
Contact details

Ἀρχική σελίς
Ἀρχική σελίς

ALLOCUTION
Sa Sainteté, le Patriarche Œcuménique Bartholomée
Phanar, le 9 octobre 2014

Ἐπιστροφή
Ἐπιστροφή

Chers Pères,
Frères et sœurs, les pèlerins de l’archevêché de Milan,
Mesdames et Messieurs, les journalistes du quotidien français La Croix,
Mesdames et Messieurs,

Nous vous souhaitons la bienvenue dans cette église patriarcale Saint-Georges qui est aujourd’hui le cœur spirituel du Patriarcat œcuménique et plus largement de l’Eglise orthodoxe. Nous vous saluons toutes et tous et vous disons tout le plaisir que nous avons à vous recevoir aujourd’hui.

Du haut de son histoire multiséculaire le Patriarcat œcuménique de Constantinople témoigne d’une expérience authentiquement chrétienne construite sur les fondements d’un Orient pluriel et proche de l’Occident. Certes les points de rencontres à travers les siècles furent nombreux, les échanges riches et les discussions vives, mais la spécificité de notre Eglise est déterminée par son ancrage oriental. En ce sens, l’Eglise orthodoxe, son passé, son présent, mais aussi son futur ne peuvent être compris qu’à travers le spectre de son appartenance à cette aire géographique, caractérisée avant toute chose par sa capacité à servir de carrefour, de pont, mais aussi de truchement entre les cultures et les religions.

Cette caractéristique est aussi une vocation de notre Eglise qui entend servir par la puissance de l’Esprit en faveur de l’unité et de la concorde. L’unité, nous la recherchons à des niveaux très différents. Une fois acquise, elle demande d’importants efforts pour la conserver. L’unité est une recherche constante qui ne peut se construire indépendamment de l’amour et de la charité. C’est en tout cas l’expérience que nous faisons au quotidien dans le cadre du dialogue œcuménique et a fortiori du dialogue d’amour et de vérité que nous entretenons avec l’Eglise catholique. L’unité est souvent une idée un peu vague, alors que la communion qui signifie cette unité est une réalité tangible de la vie de l’Eglise. Mais l’unité, en tant que finalité, est aussi importante que le chemin qui nous y conduit. Ainsi, avec nos frères et sœurs catholiques romains, nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier. Les relations interpersonnelles sont alors une dimension essentielle de notre rapprochement. C’est avec beaucoup plaisir dont nous nous souvenons de la venue du Cardinal Archevêque de Milan, Monseigneur Angelo Scola, en février de cette année, au Phanar. Après des siècles d’estrangement, nous devons apprendre à redevenir des frères. Avec Sa Sainteté le Pape François, du jour de son élection, nous avons tenté de faire grandir l’héritage de nos prédécesseurs, Sa Sainteté le Pape Paul VI et Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Athénagoras. Ils ont, par un baiser, il y a cinquante ans, bouleversé l’histoire de nos Eglises en leur offrant l’espoir de s’appeler sœurs. Après avoir prié ensemble à Jérusalem, au Saint-Sépulcre, et nous être retrouvés au Vatican au mois de juin avec Shimon Perez et Mahmoud Abbas, Sa Sainteté le Pape François nous fera l’honneur de sa présence le jour de la fête patronale du Patriarcat œcuménique, à l’occasion de la Saint André, le 30 novembre. Il s’agit d’une étape importante qui viendra renforcer les travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine, qui s’est réunie en session plénière en septembre dernier à Amman, en Jordanie.

Nous le répétons, l’Eglise orthodoxe est engagée en faveur de l’unité et de la concorde comme les deux seules conditions pour la construction d’une paix durable. Cependant, depuis la fin des années 1970, il semblerait que le fait religieux soit devenu un facteur de clivage et de cloisonnement, jusqu’à attiser la haine entre les peuples. Nous tenons à vous le dire très clairement, à notre sens, un crime commis au nom de la religion est un crime contre la religion elle-même. Car la haine se revêt des vêtements du religieux pour inscrire l’inimité dans une histoire qui n’a plus rien ni de saint ni de sacré. Le religieux agit sur les imaginaires collectifs. C’est un ciment communautaire. Mais le religieux se dissocie de la religion en ce qu’il n’est porteur d’aucune spiritualité créatrice, à savoir la création et l’alimentation du lien universel qui unit toute l’humanité. Aussi, les violences auxquelles nous assistons au Proche-Orient et en Ukraine et qui affaiblissent nos frères et sœurs, non seulement dans leur ecclésialité, mais aussi dans leur humanité, sont insoutenables. Nous nous levons contre ces barbaries d’un autre âge et nous souhaitons vous déclarer que rien, pas même la religion, n’est en mesure de justifier les tragédies qui se déroulent sous nos yeux.

Notre message s’adresse notamment à vous, journalistes et acteurs des médias. C’est à travers vos yeux, à travers votre expertise née d’un travail d’enquête et de recherche, par le recoupement des sources, que toute la lumière pourra être faite sur les raisons profondes qui viennent nier le droit le plus essentiel qu’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Nous profitons de l’évocation de ce thème de la liberté religieuse pour rappeler que ce droit est inscrit profondément dans la conscience ecclésiale de l’Eglise orthodoxe à partir d’une leçon reçue très tôt par la signature du édit de Milan, en 313, par l’Empereur Constantin. On cite assez fréquemment cette phrase du fameux édit, reconnaissant à chacun la possibilité : d’« adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel ». Nous avons célébré l’année dernière le jubilé de cet acte fondateur. Dès lors, il convient de réaffirmer notre attachement sans faille à la liberté, car comme le dit Saint Maxime le Confesseur au 7e siècle : « Créés à l’image de Dieu, les hommes sont libres par nature ».

Nous espérons que ces quelques paroles vous auront permis de sentir les principaux points d’attention du Patriarcat œcuménique. L’Orthodoxie en général et le Patriarcat Œcuménique de Constantinople en particulier ont un rôle important à jouer quant au rapprochement des peuples. Nous vous souhaitons de nouveau la bienvenue et espérons que vous saurez apprécier de la richesse de notre Ville en particulier, lieu d’histoire et de coexistence des peuples et des civilisations.