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Ἀρχική σελίς
Ἀρχική σελίς

Homélie de Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholoméos I à la Primatiale Saint-Jean à Lyon
(Samedi 18 juillet 2009).

Ἐπιστροφή
Ἐπιστροφή

Eminences,

Excellences,

Bien chers Pères,

Frères et Sœurs en Christ,


Quelle joie de nous trouver ce soir à Lyon, ville que l'on pourrait qualifier des plus orientales tant son histoire, les personnalités qui s'y sont illustrées et l'expérience authentiquement chrétienne ont su nourrir et nourrissent encore la vie de ses communautés locales. Au nombre des saints qui se sont succédés dans cette région, Saint Irénée de Lyon. Cette figure reste la plus marquante, tant par l'empreinte théologique qu’elle a laissé en héritage à l'ensemble de l'Eglise que par l'exemple d'une vie couronnée par le martyre, témoignage radical d'une vie entièrement consacrée au Dieu d'amour.

Saint Irénée de Lyon représente dans nos deux traditions, l'image même de la succession apostolique, inscrivant le siège de Lyon dans la grande famille des villes issues de la tradition johannique, au même titre qu'Ephèse. Le disciple de Polycarpe, né à Smyrne, fut aussi l'apologète et le défenseur de la foi chrétienne avec la conviction profonde que «l'Eglise a été plantée comme un paradis dans le monde» (Adv Haer. V, 20, 2).

Le grand théologien orthodoxe Olivier Clément, mort en janvier dernier et à qui nous rendons hommage pour l'immensité de son œuvre, relisait ainsi les mots de saint Irénée de Lyon sur le lien entre Eglise et Paradis: «Dans sa profondeur, l'Eglise n'est rien d'autre que le monde en voie de transfiguration, le monde qui devient, en Christ, transparent à la plénitude paradisiaque. Le paradis de la Présence est en effet le Christ lui-même.» (O. Clément (1999), Sources, p.87)

Lyon ville apostolique, Lyon ville de théologie, Lyon aussi terre de martyre, fondant toute expérience chrétienne dans le creuset du témoignage d'un monde authentiquement nouveau, d'une création pleinement «récapitulée»  par l'œuvre salvifique du Christ, se poursuivant jusqu'à nos jours par la force vivifiante du très Saint-Esprit.

Voilà déjà cinq ans que Votre Eminence, accompagné par Monseigneur Daucourt, évêque de Nanterre, vous avez fait le chemin jusqu’à la Ville de Constantinople lors des commémorations des huit cents ans de la prise de la ville par les croisés en 1204. Les événements du passé, même s'ils sont douloureux, sont d’autant plus fondateurs de liens dans le présent, qu’ils sont accompagnés de gestes fraternels empreints de l’esprit de réconciliation, de même que vous le faisiez remarquer lors de votre voyage: «Des frères peuvent se déchirer, ils restent frères».

Aujourd’hui, nous ne pouvons que nous féliciter de la bonne progression des rapports que Catholiques Romains et Orthodoxes entretiennent.

Il nous semble qu’après Ravenne, en 2007, les travaux de la commission mixte de dialogue catholique-orthodoxe devrait encore nous éclairer sur de meilleures possibilités de coopérations et de dialogues tant au niveau théologique que pastoral. L’affirmation centrale de cette rencontre rappelait  que «primauté et conciliarité sont réciproquement interdépendantes». Nous attendons désormais avec beaucoup d’espoir la prochaine rencontre qui doit se dérouler au mois d’octobre à Chypre.

De plus, nous ne pouvons que nous réjouir de la qualité des relations entre catholiques et orthodoxes en France. Nous suivons  avec attention l’avancée des travaux du comité mixte de dialogue ; ce comité, plus qu’une plateforme de rencontre et d’échange théologiques, mène de manière exemplaire et dans la paix des travaux qui porteront des fruits qui ne sont autres que ceux décrits par le Saint Apôtre Paul dans l’Epître aux Galates: «charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi» (Gal. 5, 22).

L’évangile de ce dimanche dans votre Église nous propose une lecture au combien étonnante. Au retour des disciples après leur envoi en mission au début du chapitre 6 de l’Evangile selon saint Marc, le Christ les invite à prendre un peu de repos : «Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert et reposez-vous un peu» (Mc 6, 31). Ce repos des disciples ne fut que de courte durée, car à peine étaient-ils partis en barque à la recherche d’un peu de quiétude, qu’ils furent si tôt rattrapés par la foule.

Cet extrait se place tout de suite avant l’événement miraculeux de la première multiplication des pains, événement dont les quatre évangélistes font échos chacun à sa manière.

Cependant, cet extrait de saint Marc sur le repos des disciples est unique. Alors que saint Matthieu évoque le départ du Christ sur une barque à la suite de l’exécution de saint Jean le Baptiste (Mt 14, 13-14), de son côté, saint Jean le Théologien se sert du départ de Jésus «de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade» (Jn 6, 1) afin d’introduire son fameux discours sur le pain de vie.  Seul le récit de saint Luc fait mention des apôtres de retour de mission. Or, rien n’est suggéré, ni bateau, ni traversée de la mer et encore moins un quelconque repos. L’évangéliste Luc affirme simplement: «Les prenant alors avec lui, il se retira à l’écart, vers une ville appelée Bethsaïde» (Lc 9, 10).

Selon Marc, après l’envoi en mission des douze, les apôtres rapportent au Christ tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Si la mission des douze  consistait dans la prédication, des onctions, des guérisons, l’invitation du Christ au repos ne les exempte pas de la poursuite de cette mission.  Le départ vers le désert ne les affranchit pas non plus  du service de l’autre.  Bien au contraire, leur voyage ne fit qu’attiser les espoirs de la foule au point qu’«En débarquant, il [le Christ] vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les enseigner.»

En effet, si la foi des apôtres perdure par la succession apostolique dans l’épiscopat, la mission des apôtres se poursuit jusqu’à nos jours dans l’action sacerdotale de l’Eglise, où enseignement et diaconie trouvent leur plénitude dans la célébration de l’Eucharistie.  L’œuvre des disciples se réalise dans celle du Christ. L’image du berger chez saint Marc est très largement reprise par saint Jean Chrysostome dans son traité «Sur le Sacerdoce» insistant sur la manière de reprendre et d’exhorter sans cesse le troupeau du Seigneur (De Sacerd. II, 3, 1).

Cette spécificité de l’Évangile selon saint Marc peut très bien servir  d’illustration dans le contexte actuel de l’année du sacerdoce que le Pape de Rome, Benoît XVI, a initié au mois de juin.

De plus le Sacerdoce du prêtre ne s’inscrit pas autrement que dans le Sacerdoce Royal dont parle l’Apôtre Pierre dans son Epître (1 Pi 2, 9), cette vocation de tous les chrétiens qui consiste à offrir à Dieu l’ensemble de la création, comme le don par excellence de la créature à son Créateur,  avec action de grâce et glorification. Le sacerdoce royal de tous les chrétiens s’exprime aussi, et d’autant plus à notre époque, dans notre rapport à la nature, dans notre rapport à l’environnement, dans lequel Dieu est pleinement présent. En effet, l’espace sacré de nos églises ne se limite pas aux murs de nos édifices religieux, car l’espace liturgique, de même que l’expression du Chrysostome «la liturgie après la liturgie», expose l’ensemble de la création au sacré faisant de l’environnement un espace lui-même sacré.

Eminences,
Chers frères et sœurs dans le Seigneur,

C’est dans cet esprit que notre participation à l’Assemblée Générale de la Conférence des Églises européennes, qui se tient ces jours-ci dans votre ville, et notre présence ce soir parmi vous témoignent de l’attachement de notre Église au dialogue avec les chrétiens d’autres confessions, en particulier à une heure où tout le christianisme souffre de ses divisions, affaiblissant par la même occasion notre témoignage, notre martyre, alors que moins de 2000 ans plus tôt légion furent ceux qui donnèrent leur vie pour le Christ.

Notre martyre à nous aujourd’hui est donc de témoigner de la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité, Dieu véritable et sauveur du monde, dans le stade de la société moderne. Non seulement nous est-il demandé de confesser la foi, comme les bienheureux prédécesseurs de votre Eminence, mais de manifester notre Unité et notre amour mutuel, comme le Christ le déclare lui-même dans l’Evangile de Jean : «Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’as aimé.» (Jn 17, 22-23)