| | 

 Home page | MEDITATION DE SA SAINTETE LE PATRIARCHE ŒCUMENIQUE BARTHOLOMAIOS 1er
LORS DE l’OFFICE DE LA PRIERE DE L’OUVERTURE III RASSEMBLEMENT EUROPEEN ŒCUMENIQUE SIBIU, ROUMANIE (05/09/2007). |  Back |

« La lumière du Christ luit sur le monde entier !
Espoir de Renouveau et d’Unité en Europe »
Nous glorifions Dieu de Toute-bonté et adoré dans la Trinité de nous avoir permis, de venir de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud de l’Europe afin de réunir, pour la troisième fois, les Eglises chrétiennes de notre continent historique, pour louer « d’une seule voix et d’un seul cœur » son Saint Nom et pour apporter ensemble un témoignage chrétien.
Nous glorifions Dieu de Toute-bonté, d’avoir guidé, par la Lumière de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, les démarches et les pas de nous tous, au cours de ces trente dernières années qui ont vu l’essor d’une importante activité œcuménique et d’une intense coopération de la part de toutes les Églises chrétiennes, ouvrant de prometteuses perspectives de création et de développement d’une nouvelle Europe.
C’est précisément en cet instant significatif que nous nous souvenons tant des fondements chrétiens, que de la voix du message évangélique proclamé d’Est en Ouest qui a jeté les bases de la culture et de l’identité européennes, toujours vivantes aujourd’hui, même si certains ignorent cette réalité ou persistent à feindre de l’ignorer.
Et aujourd’hui, nous nous retrouvons, dans cette belle cité historique de Sibiu, représentants et membres des Églises chrétiennes d’Europe, dans cette ville qui a également le privilège de figurer parmi les capitales culturelles européennes pour l’année 2007.
Notre joie est toutefois assombrie, en cet instant, par le départ en le Seigneur de notre frère bien-aimé, le vénérable Patriarche Théoctiste de Roumanie, récemment rappelé à notre Seigneur, qui suit et bénit d’en haut cette réunion sacrée. Nous souhaitons du plus profond du cœur que notre Seigneur accueille son âme parmi celles des justes qui reposent en paix.
Nous sommes parvenus jusqu’ici, étape par étape, comme pour un pèlerinage. Pèlerinage qui commença par le Premier Rassemblement œcuménique tenu à Bâle (Suisse) en 1989, pour faire halte à Graz (Autriche) en 1997, dans le cadre du Deuxième Rassemblement œcuménique, et arriver ici aujourd’hui pour le Troisième Rassemblement œcuménique, après être passé par Rome et Wittenberg. Jésus-Christ, qui éclaire toutes les nations, lumière des nations (Es 49,6 et Ac 13,47) et du monde entier, a guidé à nouveau nos pas vers cette assemblée bénie, car, en effet, la Lumière du Christ luit sur le monde, comme nous le proclamons dans notre vie liturgique, durant le Grand Carême, quand nous nous préparons à fêter et à célébrer, le grand et admirable événement de la Résurrection de notre Seigneur.
Nous saluons et bénissons le parcours commun du pèlerinage du christianisme européen, guidé par la lumière du Christ, de phare en phare, pourrions-nous dire, un chemin de croix qui traverse les siècles et dont nous prenons conscience, d’une part en constatant le morcellement de la chrétienté en une multitude d’Eglises et de Confessions chrétiennes et, d’autre part, en percevant l’aspiration croissante ou, mieux encore, la nécessité de rétablir la communion et l’unité chrétienne.
Il est heureux que la coopération œcuménique des Églises chrétiennes, grâce à la lumière du Christ et à l’opération du Saint-Esprit, ne soit pas un fait totalement nouveau. Notre Église orthodoxe, présidée par notre Patriarcat œcuménique, depuis déjà plus d’un siècle, invite tant les Églises orthodoxes sœurs que les autres Églises du Christ de part le monde, à coopérer non seulement pour le plein rétablissement de la communion et de l’unité chrétiennes, mais aussi pour le soutien à apporter à l’homme souffrant. Les problèmes concrets sont loin d’être ignorés par le Mouvement œcuménique. Ils ont été abordés maintes fois, lors de rencontres œcuméniques organisées par le passé au niveau européen qui ont pris, grâce à la lumière du Christ et à l’illumination du Saint-Esprit, les décisions requises et ont abouti à de précieuses conclusions, pertinemment résumées, entre autres, dans la Charta oecumenica publiée en avril 2001 à Strasbourg (France). Les Églises d’Europe, au vu de ladite Charte, se sont engagées à entreprendre des actions et à mener des activités concrètes au service de l’unité chrétienne sur la base de leur commune foi en l’amour vers l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique, selon la formule du Credo du II Concile œcuménique de Nicée-Constantinople (381), afin de protéger et de sauvegarder la dignité de la personne humaine, image de Dieu, et de favoriser la réconciliation entre les peuples et les cultures du continent européen.
Certes, nous savons que la Charta oecumenica ne constitue pas la Charte constitutionnelle d’une supra-église, et nous ne considérons pas non plus que cette charte soit un texte sans faille. Toutefois, en dépit d’éventuelles lacunes, elle est le fruit d’une coopération inter-ecclésiatique soutenue et responsable, ainsi que la preuve de la ferme volonté des Églises d’Europe de poursuivre et de renforcer leur coopération pour l’avenir de la nouvelle Europe. La Charta oecumenica représente à la fois, l’aboutissement des travaux du II Rassemblement œcuménique de Graz, la charnière entre celle-ci et le III Rassemblement, ainsi qu’un texte fondamental pour la promotion de la coopération des Églises d’Europe.
Pour toutes ces raisons, il n’est pas fortuit que le texte de la Charta oecumenica ait été choisi pour définir et examiner les thèmes du III Rassemblement œcuménique : La Lumière du Christ et l’Eglise, la Lumière du Christ et l’Europe, la Lumière du Christ et le Monde.
C’est à juste titre que l’examen des thèmes commence par celui, fondamental, de l’unité des Églises chrétiennes, pierre angulaire incontournable du Mouvement œcuménique. Et en ce lieu, je réitère et je souligne que l’orthodoxie tout entière et moi personnellement, restons immuablement et fermement convaincus de notre devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour promouvoir l’œuvre sacrée du rétablissement de la pleine communion ecclésiale et sacramentelle entre les Églises sur la base de la foi commune, dans l’amour et le respect mutuel vis-à-vis des manifestations particulières de vivre la foi apostolique commune.
Nous attendons et espérons que ce III Rassemblement œcuménique nous permettra d’aller de l’avant, d’aboutir à des résultats concrets dans cette perspective et que les Églises pourront ensemble, éclairées par la lumière du Christ et reconnaissant celle-ci, convenir de la nature et de la forme de l’unité chrétienne recherchée, puisque nous savons que parmi les obstacles majeurs auxquels nous nous heurtons figure la façon différente dont les Églises chrétiennes envisagent le but et la finalité du Mouvement œcuménique.
Pour nous tous, demeure la dernière prière du Seigneur, telle que l’évangéliste Jean l’a conservée dans le 17ème chapitre de son Évangile, critère, fin et forme de l’unité chrétienne que nous poursuivons et à laquelle nous aspirons : « Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et que je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 20-21). Comme désigne le modèle à suivre pour rétablir la communion et l’unité ecclésiales. Et ceci est la vie et le mode d’existence des Trois Personnes divines dans la Trinité. Nous devons accomplir ce testament du Seigneur pour que le monde croie. C’est par une prière que ce commandement nous a été donné, c’est par la prière, les actes et la réflexion spirituelle que nous devons, nous aussi, avancer dans le travail pour donner ensemble un témoignage de foi et de service traduit en acte.
Nous aspirons, dès lors, à la pleine communion des Églises, avec toutes ses conséquences, et nous ne cherchons pas à servir nos propres intérêts, à amplifier notre puissance et notre influence ou encore à accentuer plus que de raison l’exclusivité ou l’unicité ecclésiale.
C’est précisément pour toutes ces raisons que, sans la moindre réserve, nous voulons promouvoir et encourager tout dialogue théologique œcuménique, sur un pied d’égalité, en tant que facteur incontournable, même dans les moments les plus critiques de nos relations, étant donné qu’en l’absence de dialogue, il est impossible d’atteindre le but poursuivi : la réconciliation, la communion et l’unité chrétiennes.
Ce n’est qu’à travers un dialogue sincère et objectif que nous pourrons, en même temps, contribuer de façon décisive à instaurer la réconciliation et la communion aussi parmi les peuples d’Europe, en soutenant et en encourageant la création d’une nouvelle Europe, où domineront les valeurs et les principes chrétiens issus de l’héritage spirituel du christianisme, afin de pouvoir confesser et proclamer ensemble que la Lumière du Christ luit sur le monde ! Jésus-Christ nous dit lui-même : « (…) Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12).
Or, il ne serait pas possible que les bases d’une nouvelle Europe se limitent à des dimensions seulement économiques, politiques ou seulement culturelles et nationales. C’est la raison pour laquelle, nous apportons notre soutien et notre contribution, dans la mesure de nos possibilités et dans notre conviction chrétienne, à la création d’une Europe humaine et sociale, éclairée par la lumière éternelle et inextinguible du Christ, régie par les droits humains, les valeurs fondamentales de paix, de justice, de liberté, de tolérance, de participation et de solidarité. De même, nous insistons, à notre tour, de façon catégorique, sur le respect de la vie, la valeur suprême du mariage et de la famille, le soutien et l’aide aux démunis, le pardon et la miséricorde (cf. Charta œcumenica, § 7). Si les hommes ne sont pas convaincus, par l’action accomplie, que la dignité humaine et que les problèmes concrets qui les concernent ne se trouvent pas au centre des préoccupations des responsables, il n’y aura ni confiance, ni véritable progrès au sein de la nouvelle Europe.
Nous demeurons inébranlablement attachés à ces valeurs et principes chrétiens car, conscients de la triste réalité contemporaine, dominée par la confusion des valeurs et ébranlée par la lutte entre la lumière et les ténèbres, nous sommes anxieux pour l’homme, créé à l’image et la ressemblance de Dieu, sa dignité et son identité quotidiennement bafouée et négligée ; nous sommes anxieux pour la famille et son importance irremplaçable ; nous sommes anxieux pour le travailleur relégué au simple rang de consommateur et d’outil de production ; nous sommes anxieux pour la Création divine constamment exploitée sans le moindre scrupule qui gémit, tout en menaçant notre planète, en quête de délivrance et de protection (Rm 8, 23) ; nous sommes anxieux pour les conditions climatiques et environnementales vitales, littéralement pour l’air et l’oxygène que respire l’homme contemporain, et que les générations à venir rechercheront, en vain, nous le craignons ; nous sommes anxieux pour la pure et simple survie de l’être humain sur ce continent et sur la planète.
Que doit-il arriver qui ne soit déjà survenu pour nous faire prendre conscience de la situation dramatique dans laquelle vit l’homme d’aujourd’hui, sur notre planète et sur notre vieux Continent ? Que doit-il arriver qui ne soit déjà survenu pour que nos yeux s’ouvrent et que nous voyions la lumière du Christ et que nous Le suivions, afin de ne plus marcher dans les ténèbres et dans l’erreur ? Le temps n’est plus à l’attente et aux tergiversations. Sinon, nous fermons les yeux de façon irresponsable, mais fort dangereuse. Et notre responsabilité augmente sans cesse.
Ce qui s’impose dans l’immédiat, c’est le repentir qui nous aidera à changer notre mode de vie. La lumière du Christ qui nous guidera existe. Nos yeux aveuglés par les ténèbres ne peuvent la percevoir et la suivre, car ils se sont accoutumés à l’obscurité et la confusion. Que celui qui a des yeux, voit. Ce que Jésus-Christ a dit à ses disciples est toujours valable aujourd’hui : « (…) avez-vous le cœur endurci ? Ayant des yeux, ne voyez-vous pas ? Ayant des oreilles n’entendez-vous pas ? (…) ne comprenez-vous pas encore ? » (Mc 8, 18-21). Il n’est donc pas nouveau que ceux qui étaient les siens L’ait abandonné, Lui qui est la Lumière, de façon incompréhensible, comme le dit l’évangéliste Jean : « Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue. Elle est venue chez les siens et les siens ne l’ont point reçue. » (Jn 1, 9-11).
Or, dans la situation actuelle et comme par le passé, nous réitérons devant vous notre ferme volonté de continuer à nous mettre personnellement et en tant que Patriarcat œcuménique – et ce, nous voulons le croire, avec l’ensemble des Églises chrétiennes d’Europe – à la disposition et au service de l’homme d’aujourd’hui affecté de maintes souffrances, et de la Création divine qui gémit et soupire car, face à ces problèmes, il n’existe d’autre alternative, que celle d’être prêts à contribuer et à participer à tout dialogue sincère et constructif.
Dans cet esprit, nous bénissons et appuyons la proposition des représentants orthodoxes qui, en juin dernier, ont tenu à Rhodes une réunion inter-orthodoxe préparatoire au présent Rassemblement, comme illustrant concrètement, telle une « moindre offrande », l’inquiétude de l’Église orthodoxe, mais aussi celle des Églises chrétiennes d’Europe, face à notre comportement arrogant et dévastateur à l’égard de la nature et de l’environnement, en suggérant que le vendredi 7 septembre soit consacré comme journée de jeûne facultatif pour nous tous.
En cet instant précis, et pleinement conscient de notre service de coordination dans le corps de communion de nos frères orthodoxes, nous invitons à nouveau toutes les Églises orthodoxes, à assumer les responsabilités de notre époque et à coopérer, tant au sein de l’orthodoxie qu’en dehors de celle-ci, avec toutes les Églises portant le nom du Christ, notamment avec les Églises d’Europe, contribuant ainsi à panser les plaies de l’homme contemporain affecté de multiples souffrances. Faute de dialogue et en l’absence de l’étroite coopération requise, au niveau inter-orthodoxe et interchrétien, ainsi qu’avec toutes les instances responsables et les autorités compétentes en la matière, au niveau des Pouvoirs Publics, des instances religieuses, politiques, financières, culturelles, etc. toute démarche isolée est vouée d’avance à l’échec.
Nous confessons, proclamons et agissons ainsi, car nous sommes profondément convaincus que notre vive préoccupation est aussi celle de toutes les Églises chrétiennes et de toutes les personnes raisonnables, assumant des responsabilités et des compétences dans le cadre de multiples et différentes fonctions administratives, au niveau local, national, supranational et européen.
En outre, nous savons et nous constatons que les valeurs et principes fondamentaux des autres religions monothéistes, non seulement autorisent, mais imposent le respect mutuel de la dignité de la personne et, par voie de conséquence, la coexistence pacifique des peuples et des fidèles appartenant à des religions différentes. Les résultats et les conclusions de nombreux dialogues interreligieux, dont plusieurs ont eu lieu sur notre initiative et avec notre participation personnelle, sont la preuve tangible de cette réalité. Toute autre déclaration ou allégation affirmant que les religions ou certaines d’entre elles, sur la base de leur nature et de leurs principes, encouragent l’intolérance, le fanatisme, les débordements nationalistes, la violence et les conflits guerriers, ne reflètent en rien la réalité. Et à ce propos, nous rappelons le principe fondamental de la Déclaration du Bosphore émanant de la Conférence interreligieuse, réunie par nous en 1994, cosignée avec nous par les représentants du christianisme, du judaïsme et de l’islam, qui souligne explicitement que tout crime commis au nom de la religion, est un crime contre la religion. Nous sommes absolument certains que la coexistence pacifique et la coopération entre les personnes appartenant à des peuples différents et aux religions différentes du christianisme, du judaïsme et de l’islam, sont non seulement possibles, mais aussi agréables au Dieu de justice et de paix.
Dès lors, il convient de faire preuve de vigilance et de résister fermement à tous ceux qui exploitent le sentiment et le sens religieux des hommes à des fins propres idéologiques, politiques, financières ou toute autre forme d’intérêt personnel. Sans réconciliation, paix et justice, il n’est possible de construire, ni la nouvelle Maison européenne, ni une société humaine quelle qu’elle soit.
Sur le fondement de notre foi, nous nous devons également non seulement de proclamer, mais aussi de témoigner par notre façon de vivre que nous sommes tous de passage dans ce monde, « car nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir » (Hb. 13, 14). Par conséquent, la nouvelle Europe présente, elle aussi, toutes les dimensions d’une société en mouvement, dont les membres proviennent d’origines culturelles, sociales et religieuses différentes et qui doivent être pris sérieusement en considération lors des réformes politiques et structurelles de cette nouvelle société sur la base du respect mutuel et de l’égalité des peuples, comme nos Pères l’ont souligné.
Nous sommes profondément convaincus que la Lumière du Christ luit sur tout le monde ! Au sein de l’Église orthodoxe, cette confession fait partie de la préparation à la cérémonie de la Résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ. La lumière du Christ est en somme le Christ de la Résurrection lui-même, qui a vaincu les maux et les souffrances et qui, par sa mort a terrassé la mort et a donné à tous la vie éternelle. C’est pour cela que nous clamons et chantons «De lumière, maintenant, est rempli tout l’univers au ciel, sur terre et aux enfers ; que désormais toute la création célèbre la Résurrection du Christ, notre force et notre joie ! ».
Cette foi que nous partageons est aussi notre aspiration et notre espérance, la conviction et l’avenir de nous tous. |
|