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Discours d’introduction
prononcé par Sa toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomaios
à l’ouverture des travaux du saint et grand Concile
(20 juin 2016)

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Les langues, jadis confondues à cause de l’audace des bâtisseurs,
maintenant sont remplies de sagesse par la glorieuse connaissance de Dieu ;
jadis le Seigneur condamna pour leur péché les impies,
maintenant le Christ illumine par l’Esprit les pêcheurs ;
jadis en châtiment fut opérée entre les langues la division ;
entre elles maintenant se renouvelle l’harmonie pour le salut de nos âmes.
(Vêpres de Pentecôte, Gloire au Père des Apostiches.)

Béatitudes, Éminences, Excellences saints frères, vous qui composez ce saint et grand Concile de notre très-sainte Église orthodoxe et vous tous qui assistez à la présente séance d’ouverture,

Nous rendons grâces et louange au Dieu Trinitaire trois-fois-saint de nous avoir permis de nous rassembler en ces jours saints de Pentecôte pour accomplir un grand travail sacré qui touche à la nature même de l’Église du Christ : « L’Église en effet, c’est un corps où tout se tient, c’est une assemblée » selon le Père au verbe d’or (Jean Chrysostome, Explication du psaume 149, 1).

En effet, frères, l’institution synodale que nous sommes appelés à servir dans sa forme suprême plonge ses racines dans les profondeurs du mystère de l’Église. Il ne s’agit pas d’une simple tradition canonique qui nous a été léguée et que nous respectons, mais d’une vérité théologique et dogmatique fondamentale, sans laquelle il n’y a pas de salut. Confessant dans le Crédo notre foi en l’Église une, sainte, catholique et apostolique, nous déclarons en même temps sa conciliarité qui, au cours de l’histoire, incarne tous ces attributs que revêt le mystère de l’Église : l’unité, la sainteté, l’universalité et l’apostolicité. Sans la conciliarité, l’unité de l’Église est rompue ; la sainteté de ses membres tourne en simple éthique individuelle et en discours piétiste ; l’universalité est sacrifiée à des intérêts individuels, collectifs, nationaux et à d’autres visées séculières ; et la prédication apostolique devient une aubaine dont profitent hérésies et égarements divers de la pensée humaine.

Par conséquent, il n’est pas fortuit ni dénué d’importance que, de tout temps, la conciliarité sert de fil conducteur à tous les aspects fondamentaux de la vie de l’Église, depuis sa manifestation locale jusqu’à sa manifestation œcuménique. L’apôtre Paul, dans sa première épître aux Corinthiens (chapitre 11), identifie déjà l’Église au fait de « se réunir en commun » pour célébrer la divine Eucharistie. En tant que Corps du Christ, l’Église est en même temps « communion du Saint Esprit » (II Co 13, 13) et « la plénitude de Celui que Dieu remplit lui-même totalement » (Ep 1, 23). Nul n’est sauvé de soi même, mais uniquement en tant que membre du corps de l’Église, en lien organique et en communion avec les autres. C’est sur cette base que la conciliarité de l’Église est fondée. L’Église est « conciliaire » dans sa nature, car elle est « Corps du Christ » et « communion du Saint-Esprit » qui « tout entière il affermit l’Église rassemblée », comme nous chantons à la solennité de Pentecôte.

Profondément consciente de cette vérité théologique, l’Église pratique d’emblée la conciliarité en tant que moyen pour rechercher et formuler la vérité, chaque fois que des contestations et des doutes menacent son unité. Dès la période apostolique, la première dispute ayant sérieusement menacé l’unité de l’Église primitive – portant sur la façon dont les chrétiens issus de païens devaient intégrer le corps de l’Église – fut réglée en réunissant l’Assemblée des Apôtres que l’évangéliste Luc rapporte dans les Actes. À noter que les décisions de ce Concile ont d’emblée été considérées d’inspiration divine et portant le sceau du saint Esprit : « L’Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé » (Ac 15, 28). C’est pourquoi, ces décisions sont devenues obligatoires pour tous les membres de l’Église, alors que leurs détracteurs, comme le parti des judaïsants, en ont été exclus avant de disparaître, dégénérant en diverses sectes.

Suivant le modèle de l’Assemblée des Apôtres et inspirée de la conscience d’être Corps du Christ et communion du Saint-Esprit, l’Église ancienne a fait de l’institution synodale le juge suprême et ultime de sa vie, non pas uniquement dans des circonstances extraordinaires de contestations et de dissensions, mais s’agissant aussi de son mode d’administration sur une base permanente. Ainsi, le Ier Concile œcuménique établit la tenue bisannuelle de conciles (canon 5) pour régler des différends entre les membres de l’Église, des évêques et autres ecclésiastiques ; une série de conciles locaux définit le mode d’administration de l’Église en formulant dans ce sens des saints canons qui forment désormais le droit de l’Église. Depuis, en matière tant d’administration que des questions de foi, seules les décisions conciliaires possèdent validité et autorité pour les membres de l’Église, et non pas des thèses et des avis émanant d’individus ou de groupes quelle qu’en soit la nature.

L’institution conciliaire s’avère non seulement le juge suprême dans la vie et de la foi des membres de l’Église, mais aussi le lien tangible de communion des Églises locales, au niveau tant régional que mondial. Le système métropolitain et patriarcal développé dans l’Église primitive est basé sur la conciliarité, telle que définie au canon 34 des saints Apôtres, aux termes duquel, dans chaque province ou région géographique plus étendue, tous les évêques doivent décider en présence de leur « primat » et le considérer comme leur « chef » ; mais lui aussi doit toujours décider et agir en accord avec eux. Depuis, cette règle d’or de la conciliarité informe la conception de primauté de notre Église orthodoxe ; conception qu’elle expose comme modèle pour toutes les Églises et Confessions chrétiennes.

Toutefois, l’unité de l’Église ne s’épuise pas au niveau local et régional. L’Église constitue un corps dans le monde entier uni dans la même foi, uni dans la même divine Eucharistie et la même vie sacramentelle ; c’est pourquoi elle a aussi besoin de la conciliarité au niveau mondial. C’est cette nécessité qu’expriment et satisfont les Conciles œcuméniques convoqués chaque fois qu’il s’avère nécessaire de sauvegarder aussi l’unité des Églises locales au niveau mondial, aussi bien en matière de foi que dans des questions d’administration et de pastorale. Représentant toutes les Églises à travers le monde et reçus par elles, ces conciles n’ont cessé d’en être l’autorité suprême sauvegardant ainsi l’unité de l’Église.

Cette unité au niveau mondial a été indûment ébranlée au 11ème siècle, par la rupture de communion eucharistique de l’Église de Rome avec l’Église de Constantinople, d’abord, avec tous les autres Patriarcats d’Orient, ensuite. Outre les graves blessures que cette rupture a portées au corps de l’Église, elle a mené à une pratique unilatérale et indépendante de la conciliarité en Occident et en Orient. Malgré les conjonctures historiques difficiles, dans lesquelles elle a vécu durant le deuxième millénaire de notre ère, notre très-sainte Église orthodoxe est restée fidèle à la pratique de la conciliarité au niveau local et régional, mais aussi à un échelon supérieur chaque fois qu’il en était nécessaire. Au IVe siècle, les conciles réunis à Constantinople pour l’hésychasme et la théologie de saint Grégoire Palamas, ceux réunis aussi dans la même ville en 1638, 1672, 1691, 1727, 1838, 1872, 1895 etc., le Concile réuni à Iasi en 1642, ainsi que les encycliques émanant des Patriarches orthodoxes d’Orient en 1716/25 et 1848, témoignent du fait qu’en dépit des difficultés extérieures, l’Église orthodoxe n’a jamais cessé son activité conciliaire même à l’échelon panorthodoxe.
Dans cet esprit, assumant sa responsabilité canonique de garant de l’unité de l’Église orthodoxe, le Patriarcat œcuménique fut le chef de file et présida aux susdits conciles ; au début du XXe siècle, il s’efforça de convoquer un Concile panorthodoxe dont la première Conférence panorthodoxe eut lieu au mont Athos en 1930. Cependant, de nouveau, les conjonctures historiques connues, ont encore rendu cela impossible. Notre vénérable prédécesseur le Patriarche œcuménique Athénagoras a repris l’effort à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Conférences panorthodoxes réunies à Rhodes en 1961, 1963 et 1964 ont décidé la convocation du présent saint et grand Concile que, par la grâce de Dieu, nous inaugurons aujourd’hui. Le grand retard marqué dans la réalisation de ce Concile, dû somme toute à nouveau aux circonstances historiques survenues entretemps, en a rendu la réalisation encore plus impérative et urgente.

Chez certains, plane la question – posée et cultivée parfois par des frères manquant de bonne foi – pourquoi le présent Concile est nécessaire et à quoi il vise. À toutes ces personnes nous répondons en toute charité :

a) Comme nous venons de le dire, la conciliarité est une manifestation et une expression du mystère en soi de l’Église. « Se réunir en commun » constitue un attribut propre à la nature de l’Église. Seules des circonstances historiques incontournables sont susceptibles de justifier la tombée en désuétude de l’institution conciliaire, quel qu’en soit le niveau, l’échelon universel y compris. Souvent confrontée à de telles conjonctures durant la période contemporaine, l’Église orthodoxe a jadis longtemps ajourné la convocation d’un Concile panorthodoxe, mais aujourd’hui, aucune circonstance extérieure ne saurait justifier un tel ajournement. C’est pourquoi, nous aurions à nous justifier devant Dieu et l’histoire si nous ajournions encore la convocation de ce Concile.

b) Régler des questions internes de l’Église orthodoxe est aussi une des raisons ayant rendu nécessaire la convocation du présent Concile. Ces questions dérivent principalement du système d’organisation canonique de notre Église composée de plusieurs Églises autocéphales, chacune gérant en toute liberté ses affaires intérieures en prenant ses propres décisions ; ce qui entrave parfois l’Église de porter son témoignage dans le monde contemporain « d’une seule voix et d’un seul cœur », générant des malentendus et des heurts qui ternissent l’image de son unité. Le système d’autocéphalie tire son origine dans l’Église primitive, sous la forme des cinq anciens Trônes – c’est-à-dire celui de Rome, de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, appelée Pentarchie – dont l’accord était la forme suprême pour révéler l’unité de l’Église exprimée par les Conciles. Après la rupture de communion entre le Siège de l’Ancienne Rome et ceux d’Orient, d’autres Patriarcats et Églises autocéphales sont venus s’ajouter à l’Église orthodoxe, ad referendum à un futur Concile œcuménique habilité à reconnaître leur statut ; ce qui a finalement donné la présente organisation canonique de notre très-sainte Église.

Bien qu’une telle organisation soit correcte du point de vue canonique et ecclésiologique, elle comporte aussi le risque de muter en une sorte de « fédération d’Églises » dont chacune promeut ses propres intérêts et visées, pas toujours de nature purement ecclésiale, ce qui rend indispensable de pratiquer la conciliarité. L’atrophie de l’institution synodale à l’échelon panorthodoxe concourt à développer chez les Églises locales un sentiment d’autarcie, menant à des tendances d’introversion et d’égoïsme, à l’idée « je n’ai pas besoin de toi » que l’apôtre Paul dénonce dans son épître aux Corinthiens (I Co 12, 21). Si l’institution conciliaire est généralement indispensable à la vie de l’Église, le système d’autocéphalie rend celle-ci encore plus nécessaire pour sauvegarder et exprimer son unité.

c) La nécessité de convoquer le présent Concile a été confortée, les dernières années, par la survenue de nouveaux problèmes exigeant de la part des Églises orthodoxes de fixer une ligne et une attitude communes. Le phénomène de la Diaspora orthodoxe a pris des dimensions inconnues avant le dernier et le présent siècle, à cause de l’accroissement fulgurant du courant migratoire des régions orthodoxes vers les pays occidentaux, ces migrants ayant besoin de soin pastoral. Ceci a mené à une situation notoire et pas très canonique qui consiste à avoir plus d’un évêque dans la même ville ou région, état scandalisant un grand nombre de personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église orthodoxe. Cette question ne saurait être envisagée que moyennant une décision conciliaire panorthodoxe.

d) Une autre question apparue au siècle dernier et soulevée encore de nos jours, est le déploiement d’efforts pour rétablir l’unité des chrétiens par le biais de ce qu’on appelle « Mouvement œcuménique ». La participation des Orthodoxes à cet effort est basée sur des décisions qui ont été prises soit par chaque Église autocéphale séparément soit par des Conférences panorthodoxes. En raison de sa gravité, il importe que cette question soit examinée par le saint et grand Concile afin de préciser, de manière authentique, la position consensuelle à cet égard de l’Église orthodoxe.

Soulevées à l’époque contemporaine et nécessitant la prise de décisions conciliaires, d’autres questions ont aussi dicté la convocation de ce Concile. Elles concernent la vie et l’organisation internes de notre Église, lorsqu’il y a des contestations et des divergences entre les Églises locales, menaçant parfois la paix entre elles, de même que le mode de proclamer l’autocéphalie et l’autonomie d’une Église. Ces questions – d’autres aussi de nature pastorale dont la solution s’avère impérative en vue des défis du monde contemporain – ont mené ceux qui avaient décidé de convoquer le saint et grand Concile à fixer la thématique de celui-ci telle qu’elle nous a été léguée, et préparée par les Commissions et Conférences panorthodoxes compétentes.

Certes, nous savons que les problèmes qui préoccupent aujourd’hui nos contemporains sont d’un ordre différent, concernant la vie quotidienne de chacun, sa relation à ses semblables, à son environnement naturel, et sa relation à Dieu et à l’Église : Le progrès fulgurant de la science et de la technologie, et les questions bioéthiques et spirituelles qui en sont issues ; le défi du sécularisme et le recul des valeurs sociales traditionnelles ; les conflits et les guerres, et leur cortège de malheurs pour les êtres humains – tout ceci et les problèmes existentiels afférents de l’humain à notre époque ne sauraient laisser indifférente l’Église orthodoxe appelée à prononcer une parole évangélique pour leur solution. Le présent saint et grand Concile abordera ces problèmes dans le Message qu’il adressera au monde à l’issue de ses travaux. Cependant sa principale tâche est circonscrite par la susdite thématique qui concerne les questions internes de l’Église. Car, avant même de s’adresser au monde et de se pencher sur les problèmes qui le préoccupent, l’Église doit régler les affaires de sa maison, afin que son discours soit crédible et provienne d’une Église unie en tout. D’ailleurs, n’oublions pas que nous avons l’intention de réunir, avec l’aide de Dieu, d’autres conciles après celui-ci qui auront pour tâche de se pencher sur les problèmes susmentionnés et d’autres d’actualité brûlante.

La signification et importance du présent Concile consiste par excellence au fait même de sa réalisation, par la grâce de Dieu, après tant de siècles où celle-ci s’est avérée impossible. Ceci suffirait à lui seul à placer le Concile parmi les grands événements de l’histoire de l’Église.

Ayant en vue tout cela, le présent saint et grand Concile de notre très-sainte Église orthodoxe est aujourd’hui appelé à procéder à son travail ; travail extrêmement sérieux, mais aussi particulièrement difficile. C’est pourquoi, il a été soigneusement préparé durant plusieurs années, avec une grande attention et beaucoup de labeur. Or, nous considérons qu’il est de notre devoir d’exprimer la gratitude, la satisfaction et l’agrément de l’Église à tous ceux qui ont fourni leur labeur et contribuer à l’accomplissement de cette tâche : les défunts pour le repos desquels nous avons prié le Seigneur au cours de la divine liturgie célébrée samedi dernier, Samedi des défunts ; les vivants qui sont en ce moment présents parmi nous et que nous embrassons fraternellement chacun d’eux avec beaucoup d’amour et d’honneur.
Longtemps débattus avant d’être formulés, adoptés et signés, les textes qui sont à présent soumis à ce corps sacré pour être approuvés en dernier ressort et devenir des décisions du saint et grand Concile, sont le fruit de cette longue et laborieuse préparation. Nous rappelons et soulignons le fait que ces textes ont déjà fait l’objet d’une acceptation unanime de la part des représentants autorisés à cet effet par toutes les Églises orthodoxes, pour éviter des récriminations et des tensions durant les travaux du Concile, et pour aider celui-ci à achever son travail dans les délais décidés.

Certes, nous savons que les textes en question ne contiennent pas, comme nous l’aurions souhaité, nos thèses et avis à tous, et il est naturel qu’ils ne soient pas entièrement satisfaisants aux yeux de tous. N’oublions pas qu’ils ont été élaborés par des délégués de quatorze Églises dont chacune devait marquer son plein accord sur leur contenu. Dès lors, ici aussi, nous sommes appelés à faire preuve chacun de compréhension et de respect au cas où les autres membres du Concile seraient dans l’impossibilité d’accepter les amendements qui seront proposés et de ne pas insister à ce qu’ils soient retenus, ce qui menacerait l’unité de l’Église.

En conséquence, nous entamons notre tâche sur la base des textes approuvés à l’unanimité par nos Églises et que chaque Église a déjà acceptés. Bien entendu, cela n’empêche nullement le Concile d’amender ces textes sur la base de propositions justifiées avancées à titre individuel par chacun de ses membres. Toutefois – et nous soulignons cela tout particulièrement – toute modification des textes unanimement approuvés ne sera retenue que si elle est acceptée par toutes les très-saintes Églises participant au Concile. C’est ce que requiert le principe d’unanimité que nous avons tous accepté. Si un amendement proposé par un ou plusieurs membres de ce corps sacré se heurte à une fin de non-recevoir de la part d’une ou plusieurs Églises, il ne passe pas, le texte demeurant dans la forme initialement adoptée, pour être approuvé et signé par tous les membres du corps. Ayant accepté le principe d’unanimité dans la prise des décisions du Concile, nous acceptons en même le principe que les amendements que nous aurons proposés doivent recevoir l’approbation unanime de toutes les Églises sœurs.

Nous avons considéré qu’il était de notre devoir de rappeler tout ceci, bien que nous soyons certains que vous êtes tous au courant, mais pour éviter tout malentendu durant les travaux du Concile. Toutes les questions de procédure des travaux sont traitées dans le Règlement approuvé par nos Églises, que nous sommes invités à étudier attentivement et à appliquer scrupuleusement au cours de nos travaux. Étant responsable du respect du Règlement dans toutes ses modalités, cette chaire veillera à ce qu’il le soit par tous les membres de ce Corps sacré.
* * *
Et à présent, bien-aimés frères en Christ, tendons l’oreille au Paraclet pour écouter « ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2, 7), au cours de notre présente assemblée.

Par la grâce de Dieu, nous sommes membres de la très-sainte Église qui est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, confessée dans le Crédo comme la seule arche du salut. Cette Église est le corps du Christ manifesté par excellence « dans la fraction du pain » (Ac 2, 42), à savoir dans le sacrement de la divine Eucharistie, comme saint Nicolas Cabasilas l’affirme pertinemment : « Si quelqu’un peut voir l’Église du Christ (…), il ne verra rien d’autre que le corps Dominical. » C’est pourquoi, ajoute-t-il : « l’Église est signifiée dans les saints mystères » (dans la divine Eucharistie : « En effet, les saints mystères sont le corps et le sang du Christ ») (Explication de la divine liturgie 38. PG 150, 452D, SC 4bis, p. 231). Dès lors, le Paraclet nous invite avant tout à veiller sur notre unité dans la communion des sacrements comme à la prunelle de nos yeux, évitant tout ce qui peut créer un schisme dans l’Église. Car, comme saint Jean Chrysostome l’affirme : « rien n’irrite Dieu comme la division de l’Église (…) Que le martyre même n’efface pas un tel péché » (Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, homélie 11, 4, PG 62, 85). Commençant et achevant son travail par la célébration de l’éminent sacrement de l’Eucharistie, le présent Concile déclare que son ultime but est de confirmer notre unité « dans les saints sacrements », de préserver et sauvegarder celle-ci de toutes ses forces.

Cependant, l’unité de notre Église réside aussi dans notre foi commune « qui a été transmise aux Saints définitivement » (Jude, 3). C’est cette foi que nous confessons dans le Crédo, lors du Baptême et de la divine Eucharistie, mais aussi lors de l’ordination épiscopale, nous les évêques en étant les gardiens. Pour notre Église orthodoxe, cette foi est fondée sur la sainte Écriture, telle que les Pères théophores l’ont comprise et expliquée, a fortiori réunis en conciles œcuméniques, en en faisant un présupposé intangible de l’unité dans les sacrements.

Ainsi manifestée et formulée, notre foi est expliquée et infailliblement exprimée uniquement par l’Église réunie à concile. Malheureusement, de nos jours, refait surface le phénomène de groupes ou individus revendiquant pour soi l’infaillibilité dans l’interprétation des Pères et de la foi orthodoxe, clamant « hérétiques » tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, poussant à la révolte le peuple fidèle parfois même contre ses pasteurs canoniques. Dans ce climat, qui risque de s’avérer extrêmement dangereux pour l’unité de l’Église, on tend à oublier que les frontières séparant l’hérésie de l’Orthodoxie ne sont fixées que par voie conciliaire, qu’il s’agisse de croyances plus anciennes ou plus récentes. Hormis les saints conciles, nul ne peut qualifier d’ « hérétiques » des points de vue ou des positions, revendiquant ainsi pour soi l’infaillibilité.

L’unité de l’Église dans la divine Eucharistie et la foi orthodoxe, que le présent Concile vient confirmer et exalter, est aussi indissociable de l’aspect canonique. Aucune divine Eucharistie n’est valide et porteuse de grâce et de salut divins, si elle n’est pas célébrée au nom de l’évêque canonique par des ecclésiastiques ayant reçu une ordination canonique. Nulle confession de foi, aussi orthodoxe soit-elle, n’est acceptée par Dieu, n’a aucune valeur, si elle « déchire » l’Église : « Je dis donc et je répète que faire schisme dans l’Église, c’est un aussi grand péché que d’embrasser l’hérésie. » (Jean Chrysostome, Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, homélie 11, 5. PG 62, 87). C’est pourquoi, le IIe Concile œcuménique place dans la même catégorie que les hérétiques « ceux qui professent la foi orthodoxe, mais qui se séparant des évêques en communion avec nous, tiennent des conventicules » (canon 6).

Or, l’unité que le Paraclet exige de nous, moyennant ce Concile aussi, comporte trois volets : unité dans les sacrements, dans la foi et dans la structure canonique de l’Église. Tous les trois s’interpénètrent et nul ne saurait exister sans les deux autres. Tous les trois sont pénétrés et régis par l’amour qui « est le lien parfait » (Col 3, 14) et la paix à laquelle nous avons tous été appelés « en un seul corps » (Col 3, 15). Nous supportant « les uns les autres dans l’amour » nous appliquant « à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (Ep 4, 3), nous sommes appelés à sauvegarder, édifier et proclamer, par le présent Concile aussi, l’unité en Christ dont le Paraclet nous a gratifiés à la gloire de Dieu le Père.
Toutefois, veillant ainsi – comme nous en avons l’obligation – sur l’unité de notre Église, nous ne devons oublier que c’est au jour saint et grand de Pentecôte que « le Seigneur (…) en partageant les langues de feu invite tous les hommes à l’unité » (Kontakion de la fête de Pentecôte). Ce serait une erreur grave si, dans notre sollicitude pour notre unité interne au sein de l’Église orthodoxe, nous nous montrions indifférents au fait que sont séparés de nous nombreux parmi ceux qui confessent leur foi en Christ, ne fût-ce que de façon non correcte et saine, mais néanmoins en quête de vérité et d’unité avec nous, prêts à délibérer avec nous en toute sincérité et charité sur les questions qui nous divisent. L’Église orthodoxe n’a jamais cessé d’être en faveur de tout effort pour l’unité des croyants en Christ, sans altérer aucunement la foi qu’elle a reçue des Pères. C’est pourquoi aussi, le présent saint et grand Concile a inséré dans sa thématique les relations avec les chrétiens qui sont en dehors de l’Église orthodoxe. Il salue en tout amour et honneur leur présence parmi nous dans cette séance d’ouverture officielle de nos travaux, en qualité d’observateurs invités.
La voix du Paraclet nous appelant à l’unité nous invite aussi à tourner le regard et à ouvrir le cœur à tous les humains ; nous pencher en tout amour sur les problèmes vitaux qui les préoccupent ; annoncer la paix et l’amour à ceux qui sont proches et à ceux qui se tiennent loin. L’Église n’existe pas pour soi, mais pour le monde entier et pour le salut de celui-ci, ayant en sa tête le « premier-né de toute créature » (Col 1, 15), le Christ en qui et par qui, il a plu à Dieu « de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). De même, le Concile ne se réunit pas pour soi, mais pour tout le peuple de Dieu, pour le monde entier » (Alexandre Papadéros).

Or, réunie en concile, l’Église devient aussi missionnaire, c’est-à-dire extravertie allant à la rencontre de « toutes les nations » (Mt 28, ), pour transmettre l’amour du Christ à tout humain, participant aux fluctuations de l’histoire, comme « un étendard pour les nations » (Es 11, 12) du Royaume de Dieu à venir, qui ne se conforme pas au monde présent (cf. Rm 12, 2), sans pourtant refuser à porter sur ses épaules les diverses croix qui accablent les humains, annonçant la Résurrection. Travaillant en concile à huis clos, « les portes fermées » (Jn 20, 19), et attendant la venue parmi nous de Jésus pour nous apporter Sa paix et l’Esprit saint, gardons en vue que les murs de cette salle sont transparents et que le monde attend d’écouter de notre bouche « ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2,  7). Il importe que nos décisions communiquent le message puissant que notre Église, bien que dispersée dans le monde entier, demeure unie de façon infrangible, appelant celui-ci à l’unité par le Paraclet.

Vénérables et bien-aimés frères dans le Seigneur,
« C’est la Pentecôte que nous célébrons, la venue de l’Esprit, l’échéance de la promesse et la réalisation de l’espérance. Quel mystère ! Qu’il est grand et vénérable » (Grégoire de Nazianze, discours 41, Pour le jour de la Pentecôte 5, PG 36, 436B, SC 358, p. 325).

En effet, il est grand et vénérable le mystère de la Pentecôte pour plusieurs raisons, mais aussi pour celui que saint Chrysostome met particulièrement en relief :

« Ils (les disciples) avaient entendu cette parole du Seigneur : Allez, enseignez les nations ; (…) l’Esprit-Saint venant à eux en forme de langues, leur distribue les régions de la terre qu’ils doivent instruire, et par la langue de feu, sous la figure de laquelle il repose sur chaque disciple, il écrit dans l’âme de chacun, comme dans un livre, l’autorité qu’il lui confie ; il lui marque la partie du monde qu’il doit éclairer de ses instructions (…) et, par une opération nouvelle et extraordinaire, au lieu qu’autrefois les langues avaient divisé la terre et rompu une ligue coupable, les langues, aujourd’hui, réunissent la terre, et ramènent l’union où régnait la discorde » (Jean Chrysostome, Homélie sur la Pentecôte, II, 2, PG 50, 467).

Grand est le mystère de la Pentecôte, mais aussi celui de l’Église du Christ ! Son unité ne nivelle pas la diversité et la spécificité des civilisations : chacun entend la parole de Dieu dans « sa propre langue » (Ac 2, 7). C’est pourquoi, tout en étant une à travers le monde et, en même temps, composée de plusieurs Églises, l’Église est respectueuse des spécificités linguistiques et autres des peuples, contribuant dans de nombreux cas à leur développement et information.

Par la diversité des langues et des cultures locales, l’Église établie partout dans le monde est « partagée » en sarments, selon le saint Père, décrivant précisément la structure canonique l’Église. C’est ce terme de « sarment » (« κλίμα ») que notre Église a reçu et utilise dans sa terminologie canonique, persistant sur la circonscription précise de chacun d’eux.
Et alors que les sarments sont nombreux, la vigne, l’Œkoumène est Une. La diversité des langues et des cultures causa jadis la division des humains, et continue de menacer leur concorde. En tant que modèle d’unité, l’Église doit sans cesse veiller à ce que la « différence » ne dégénère pas en « division » – pour utiliser la terminologie de saint Maxime le Confesseur (Cf. Lettre 12, PG 91, 469) – ni que l’unité ne mène à anéantir la différence.

C’est à quoi consistent précisément le sens et l’importance de l’institution que nous sommes aujourd’hui appelés à servir, en nous réunissant dans ce Concile. Chaque Église, chacun de nous, sommes appelés à déposer, sans les imposer, nos propres positions. Nous sommes appelés non seulement à parler, mais aussi à écouter. Nous sommes appelés à édifier l’unité de l’Église du Christ.

Procédant à ce travail dans la crainte de Dieu et avec amour, conscients de la responsabilité qui nous incombe et de notre faiblesse humaine, de concert avec le Mélode nous nous tournons vers le Seigneur Dieu, en l’implorant :
« Viens tout près de nous, Seigneur partout présent ;

à ceux qui t’aiment demeure uni, dans ta bonté,
comme à tes Apôtres tu le fus en tout temps ;
afin qu’unis à toi nous puissions chanter
et glorifier ton Esprit très-saint ». Amen !
(Ikos, Matines du dimanche de Pentecôte.)

Nous exprimons notre regret et celui, nous en sommes certains, de ce corps entier, pour l’absence parmi nous de l’Église sœur de Bulgarie qui nous en a informés par lettre datée du 2 de ce mois, alors que peu avant, elle nous avait communiqué sa participation et même la liste des personnes composant la délégation accompagnant Sa Béatitude son Primat. C’est pourquoi, cette décision d’abstention prise à la dernière heure nous a désagréablement surpris, d’autant plus que cette Église sœur a participé à toutes les étapes de préparation de notre saint et grand Concile, y compris l’Assemblée des Primats en janvier dernier. En conséquence, elle avait tout loisir de soulever toutes les questions qu’elle invoque aujourd’hui pour justifier son retrait et demander qu’elles soient résolues ou les poser ici pour délibération et décision conciliaire. Elle n’a rien fait de cela. Et nous n’avons rien à ajouter, laissant aux autres Églises sœurs et à l’histoire de juger des événements.